08.06.2006

et en guise de conclusion....

“Par ce suprême échec que l’art est toujours, l’homme, éternel tricheur de lui-même, essaye de faire passer pour une réponse ce qui est condamné à demeurer comme une tragique interpellation.”
Romain Gary


L’approche de l’œuvre de Solange Bertrand est surprenante : la vitalité et la qualité certaine de sa production contrastent fortement avec la méconnaissance du peintre dans son pays. Constat d’échec ? Certainement pas car ce paradoxe constitue à nos yeux la preuve de l’acharnement et de l’intégrité d’une artiste, toujours en quête d’absolu. Sans carriérisme aucun, elle livre depuis près de 60 ans une esthétique qui lui est propre, son style. L’œuvre fait son chemin et doit encore rejoindre sa juste place dans l’histoire de nos arts.

Le site d’implantation choisi à Metz est à l’image de l’œuvre de l’artiste, stratifié, riche et construit par les superpositions des traces urbaines et historiques. Limite de la ville, il serait un lieu exceptionnel de présentation des peintures de Solange Bertrand mais aussi un complément d’envergure à la vie culturelle de la cité.

Ce projet de Fondation se voudrait comme un hommage à l’œuvre d’un artiste et à son itinéraire, en proposant un espace adapté à sa production. Il tente également d’être un argument permettant de déclencher un nouveau débat autour de sites urbains que l’on délaisse accusant ainsi notre incapacité flagrante à projeter sur l’ancien. L’implantation du projet dans l’urbain est alors une provocation et soulève des questions : comment construire une architecture neuve en centre historique ? Comment exploiter des contraintes physiques aussi fortes au réel bénéfice d’espaces d’expositions ? Réinvestir des sites dont la substance même est bâtie, urbaine et dense est un véritable enjeu pour nos villes : à l’époque du respect et de la sauvegarde de l’environnement, la nécessité de reconstruire la ville sur elle-même devient évidente, et ce type de sites constituent des réserves foncières et urbaines exceptionnelles.

Les liens qui pourraient être tissés entre l’œuvre et le site dépassent largement le simple cadre architectural de la “maison”, du bâti de la Fondation. Son architecture matérialise déjà un double devoir : s’inscrire dans l’urbain et s’adapter à l’œuvre : peut-être qu’une réconciliation est alors possible entre le public et une certaine vision de la modernité. Donner un espace généreux aux œuvres de Solange Bertrand, c’est permettre d’accomplir un vrai travail scientifique, pédagogique et culturel sur sa production. Donner un espace aux œuvres, c’est donner au visiteur une possibilité de les appréhender véritablement, et enfin de pouvoir les interroger.

Si la Fondation joue un rôle primordial de conservation et de préservation d’un patrimoine et d’un héritage artistique, elle répond aussi pleinement, tel un musée, aux aspirations de la société contemporaine. C’est alors la liberté de déambuler parmi les œuvres d’art qui attire le public dans un nouveau lieu…de spiritualité.

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