08.06.2006

avant propos sur l'artiste Solange Bertrand...

enfance et apprentissage

Solange Bertrand est née le 20 mars 1913, pendant la période de l’annexion Allemande, à Montigny-lès-Metz,. Son père Léon Urbain y tient une aspergerie. Elle occupe encore aujourd’hui sa maison natale. Nous savons peu de choses de son enfance. Il y a sans doute deux aspects qu’il faut en retenir: un goût prononcé pour la solitude et déjà celui de la couleur et de la manipulation plastique. “Sans être un rapport direct avec la peinture, c’est une première approche de l’art.”

Solange Bertrand quitte le Lycée avant le bac, pour entamer un apprentissage de couturière. Malgré les réticences de sa famille, elle décide de suivre l’enseignement des Beaux-arts de Nancy. “J’ai demandé souvent et très longtemps de faire les Beaux-Arts : mes parents ont accepté tout en disant que c’est un métier de crève-la-faim !” Elle suit donc pendant quatre ans l’enseignement des Beaux-Arts de Nancy alors dirigé par Victor Prouvé (1858-1943). Solange Bertrand n’est pas vraiment marquée par son enseignement : “ Il y avait bien Prouvé, le directeur qui était un grand peintre. Un grand peintre a beaucoup de métier mais cela ne fait pas de lui un grand artiste. Chez certains peintres, c’est le métier même qui est rebutant. ” Elle apprend aux Beaux Arts des rudiments techniques dont elle se détachera bien vite par la suite.

De cette période d’apprentissage, il nous reste de nombreux dessins qui illustrent des envies et des recherches variées. Quelques projets de dessins illustratifs qui accompagnent des petits contes ou bien des poèmes. Le trait et la thématique sont plutôt naïfs ou humoristiques.

C’est par les livres et seule, qu’elle découvre Picasso, Braque et surtout Matisse, qu’elle nomme “le grand Matisse”. Elle affirme donc très tôt cette indépendance qui va persister tout au long de sa carrière. Les artistes qu’elle côtoiera ou croisera dans les années suivantes à Paris ou dans le Sud, elle ne les apprécie alors que grâce à sa curiosité et sa force de caractère. Après les quatre années passées aux Beaux-Arts , ses parents lui demandent de faire un travail plus “sérieux” : elle décide alors de poursuivre des études d’infirmière. Elle s’engage ensuite comme infirmière pendant la guerre. Elle regarde aujourd’hui cette période avec regret : elle considère ces années comme“volées à la peinture”, car elle aurait pu en pleine force de l’âge réaliser alors de très grands formats.

carrière

Après la guerre, Solange Bertrand se consacre entièrement à la peinture, grâce aussi, elle le rappelle souvent, au soutien financier de son père. Les Bertrand retrouvent leurs biens et leur maison de Montigny. L’achat de l’une des toiles de Solange, L’orphelinat, (voir ci-dessus) par un cinéaste et collectionneur danois va lui permettre de véritablement lancer sa carrière de peintre et de s’y engager pleinement. Elle peint dès 1945, le fameux Carré Bleu, une toile abstraite aux couleurs et aux coulures expressionnistes. Puis elle peint des têtes par centaines… Elle retrouve plus tard le Carré Bleu, le reprend et le parachève

Si elle ne participe pas vraiment à l’émulation qui caractérise le milieu de l’art dans les années 1950 à Paris, elle va tout de même y rencontrer ou y croiser ses “maîtres”, Picasso, Cocteau et surtout Matisse, qu’elle admire le plus. Elle rencontre Picasso à Antibes plusieurs étés. Elle offre une toile à Cocteau qui lui en est reconnaissant. Cependant, ses rencontres ne semblent pas être décisives , mais elle a pu sans doute observer “les grands”, les voir évoluer et évaluer une certaine forme de génie. Elle regarde Picasso avant tout comme un grand dessinateur. “Matisse c’est la couleur” aime t-elle encore à répéter. Elle fait souvent alors l’aller-retour entre Paris et Metz pour admirer une des toiles de l’un de ces maîtres et parfois s’empresse de rentrer pour la reproduire de mémoire.

Collectionnée essentiellement dans l’Est, elle n’a pas encore pris sa juste place dans l’histoire de l’art du XXe siècle. La reconnaissance de l’œuvre a tardé car Solange Bertrand n’a pas eu de stratégie et n’a pas participé activement à un groupe ou un cercle précis. On peut donc imaginer que c’est dans une forme d’isolement que sont nées les œuvres de Bertrand. Paradoxalement, cette solitude lui a permis de produire en grande quantité des toiles d’une esthétique qui lui est propre. Sans jamais vraiment théoriser son art, elle a produit une œuvre impressionnante par sa profusion mais aussi par l’intériorité de ses toiles.

Tout au long de sa carrière, elle va affirmer une œuvre et un caractère qui ne vont pas lui valoir que des amis. Elle ne veut surtout pas qu’on la cantonne à ses fameuses têtes ou à un quelconque aspect féminin de son Œuvre. “Mon Œuvre n’est absolument pas une œuvre de femme. J’ai éliminé certaines toiles un peu féminines pour la fondation dès qu’elle avait un caractère un peu trop sensible.” Sa recherche constante s’accommode parfois mal du commerce de l’art local. Elle va réussir pourtant un tour de force : obtenir la création juridique de la Fondation Solange Bertrand, qui devrait pourvoir rendre hommage à son œuvre, lui redonner sa juste place. Elle voit en la création de celle-ci comme un ultime et véritable hommage à ses parents, qui l’ont soutenue et permis de faire sa carrière. C’est ainsi qu’elle nous livre soixante dix années de peinture.

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